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On parle du Club Bonheur dans les Médias!
Paru dans le Nouvel Observateur: Article No 2303 Semaine du Jeudi 23 Décembre 2008
Coaching, autohypnose, rigologie...
Nos enquêteurs ont testé pour vous
Véritables
Woodward et Bernstein de la traque du bonheur caché, Stéphane Arteta et
Doan Bui ont arpenté internet à la recherche des dernières techniques
d'épanouissement personnel. Des plus farfelues aux plus
«scientifiques». Ils les ont toutes essayées !
Simple comme un clic. Tapez «bonheur» sur votre moteur de recherche, et
c'est toute la félicité du monde qui s'offre à vous. Des clubs en
veux-tu en voilà, un portail Art du Bonheur, des coachs, des blogs, des
sites, des stages, des poèmes, des conseils. Par où commencer ? Par le
bas, par exemple. Tiens, une annonce nous promet «le bonheur par les
pieds». Comme le disait Prévert, «c'est très intelligent, des pieds».
Jocelyne Boulais, «réflexothérapeute», webmestre du site (bien nommé)
www.pourlamourdes-pieds.com, nous garantit un «rétablissement de
l'énergie vitale» et un «bien-être majestueux pour les pieds et
l'être». Il y a juste un petit problème : Jocelyne est au Québec. Et en
ces temps de crise, n'est-ce pas... C'est d'ailleurs troublant, nombre
de nos sites viennent de la Belle Province. Notre préféré, c'est : Club
Bonheur Attrapez la Bonheurose ! (www.club-bonheur.org). Sa fondatrice,
Marie Josée Lamoureux, nous explique par mail : «Le club a pour mission
d'aider les gens à augmenter leur quotient bonheur.»
Mais il ne finance
pas le voyage.
Le Québec, paradis terrestre ? Le bonheur serait-il
dans la neige ? Nous traquons l'instigateur du site Club des
Collectionneurs de Trèfles à quatre Feuilles. Roxanne Fortier est elle
aussi installée au Québec ! Comme par hasard ! Par mail, elle nous
raconte : «Je trouve des trèfles depuis
que je suis toute petite. Sans même les chercher.» Sa recette de bien-être ? «J'ai toujours un trèfle pas loin. Je fais des petits
bouquets que je laisse sécher et que j'admire longtemps. Je fais tout pour les
conserver le plus longtemps possible : congélation, feuilles plastifiées, rubans
gommés...» Dans son approche du bonheur, Roxanne est partageuse : «J'en ai offert à des gens qui en avaient vraiment besoin,
dans la peine... Ou pour la chance !»
Partageuse, mais économe. Elle ne nous enverra pas de trèfle. Au prix
où est Chronopost... Nous en aurions pourtant bien besoin. Notre
enquête piétine.
Le bonheur par les couleurs
Il y a bien le stage «Chanter comme un soleil», qui propose de «prendre
l'audace de rayonner».
Mais il n'aura lieu que fin décembre. Trop tard. Nous sommes également
refoulés des sessions de chant prénatal, qui offre de la joie dès le
stade foetal : scandale, seules les femmes enceintes y sont admises !
Tant
pis. Un vrai journaliste d'investigation ne se laisse pas abattre.
Allez hop ! direction le site Happy Therapy, qui garantit «le bonheur en autoprescription».
A l'origine de cette initiative, une entreprise commerciale, la Smiley
World Association, qui a déposé les droits pour la petite tête jaune
qui sourit : Smiley donne désormais dans le business et la
diversification. Le fameux logo «s'est audacieusement transformé en une fragrance
psychotonique issue de la recherche avancée», explique le site. Mais encore ? La société vend des «parfums aux micro-nutriments
activateurs de bonheur». Dit comme ça, c'est beaucoup plus clair. Très engageante aussi, la «gelée corporelle à base de
substances olfactives à la biomécanique euphorisante».
Hélas ! ces produits ne sont disponibles que chez Colette, le temple du
luxe et de la branchitude à Paris. Une note de frais pour achat de
«biomécanique», même «euphorisante»... On imagine d'ici la tête de la
compta.
Nous voilà revenus à notre point de départ. Toujours pas de bonheur en
vue. Après des semaines de recherche, aucune trace du cerveau de l'OMB,
l'«Organisation mondiale du Bien-Etre», dont parlent pourtant tous les
blogs et sites spécialisés. Coups de fil, e-mails, fax... Nul ne sait
qui se cache derrière cette mystérieuse organisation. Et c'est alors,
coup de chance, que le CODJMB répond à nos appels. Ce Collectif
d'Organisation d'une Journée mondiale du Bonheur - attention, rien à
voir avec l'OMB ! - milite depuis des années pour l'inscription au
calendrier d'une fête officielle. Qui sont ces activistes ? Timothée et
cinq de ses copains trentenaires travaillent dans la com à Paris. Leur
lobbying est allé très loin : lettre aux députés, aux sénateurs, à des
chefs d'entreprise... Ils ont même réussi à décrocher un rendez-vous
avec un collaborateur de Roselyne Bachelot. Les politiques n'ont pas
réagi. Mais Timothée garde la pêche : «On a convaincu le Club Med d'être notre sponsor, et Henri
Giscard d'Estaing nous a donné une interview pour notre site.» Que du bonheur ! Mais Timothée voit grand : «On aimerait se
faire sponsoriser par les entreprises qui représentent cette valeur, comme Coca
Cola, McDo...» Notre
moral retombe à zéro. Décidément, le grand capital est partout. Le site
www.journéesdebonheur.com - attention, rien à voir avec la Journée
mondiale du Bonheur ! -, qui organise un concours de photos joyeuses,
est financé lui par Kinder et Nutella.

Quand on est dans l'impasse, revenir aux basiques du journalisme : le
terrain. Nous décidons de rencontrer Agnès Lemoine, la patronne de la
société de coaching la Recette du bonheur. Au programme, un feu
d'artifice : relooking de star, maîtrise de la gestuelle, séance «automaquillage express». Nous optons pour la formule «le bonheur par les couleurs».
Agnès reçoit à domicile, chez ses parents. Une petite maison avec
jardin dans une voie privée du 16e arrondissement, à Paris. L'endroit
est coquet, élégant, bobo à souhait : une vraie maison du bonheur.
Agnès entreprend donc d'établir notre «code couleurs». Celui qui nous permettra de «rayonner»,
d'être plus en harmonie avec nous-mêmes. Sachez d'abord qu'il existe
quatre saisons de coloris. Selon votre personnalité et votre carnation,
vous êtes plutôt «printemps» ou carrément «hiver». Pour être épanoui,
vous devez vous habiller aux couleurs de votre saison. Place à
l'essayage, pardon au «drapage». Nous nous installons devant la
glace. Quelle sale mine ! Notre hôtesse a beau jongler avec les étoffes
et les couleurs, ça ne s'arrange pas vraiment. Nous ressemblons à des
Teletubbies avec des bavoirs géants. Argenté, mauve, orange... «Ah non, surtout pas orange ! Ca fait ressortir vos
rougeurs. Et vos rides.»
Au bout d'une heure et d'une centaine de couleurs, le supplice se
termine. Verdict d'Agnès : ce qu'il nous faut, c'est des couleurs
flashy. Rose fuchsia ou vert pomme. Bref, que de l'importable. Sympa
quand même, Agnès. Mais le miroir est cruel : on ne se croyait pas si
moches...
Mieux vaut en rire. Ca tombe bien, on reçoit un mail de
Corinne Cosseron, la créatrice de l'Ecole française du Rire et des
Clubs de Rire et de Bonheur (www.clubderire.fr). Faute de temps, nous
ne pourrons pas aller à Frontignan, son QG du rire en bord de mer, où
se déroulera, en 2009, le 7e Rassemblement international des Rieurs.
Mais Corinne, compatissante, nous oriente vers Martine, une rigologue
certifiée basée à Paris. Ancien clown, elle organise parfois des stages
de rire en entreprise. Puisque nous ne pouvons pas aller au rire, que
le rire vienne à nous ! Tout «l'Obs» est convié par mail à une grande
séance de rigologie. Vu le climat économique, nous prévoyons le rush et
réquisitionnons le plus grand bureau de la rédaction, celui qui
accueille d'ordinaire les conférences-débats avec Robert Badinter ou
Jacques Delors... Mais il faut croire que les gens de «l'Obs» ont du
bonheur à revendre. Nous avons envoyé 200 invitations par mail. A
l'arrivée : 5 réponses. A l'heure dite, nous devons battre le rappel.
On n'est pas là pour rigoler. Notre enquête est en jeu. Tous les rigo-
logues vous le diront, une séance de rire doit rassembler 10 personnes,
pas moins. Sinon ça ne marche pas.
Enfin le quorum est réuni et la séance peut commencer. Au menu, des exercices pour «faire travailler le cerveau limbique»
: danse des ballons, cri du «goulou-goulou», jeu du «pince-moi-le-nez»,
ola du rire, on en passe. L'apothéose ? La méditation du rire. Allongés
en étoile, tête contre tête. Et ça marche ! Une fois le rire déclenché,
impossible de s'arrêter. Nous sommes prêts pour le commando «rire et
câlins». Une sortie sur le terrain, armés de chapeaux rigolos et de
pancartes «Nous offrons des
câlins gratuits.» Très tendance. En Australie, on appelle ça free hugs (nettement plus cool que le slapping, qui consiste, lui, à donner des claques). Direction la place de la Bourse. «Si quelqu'un refuse de
vous embrasser, ne le prenez pas personnellement, nous prévient Martine. Ce n'est pas à cause de votre tête.» Ca casse un peu l'ambiance. Mais curieusement les passants sont plutôt réceptifs. «Ils ont besoin de tendresse.» Nous avons tous besoin de tendresse.
«Dynamique mentale»
Notre enquête touche à sa fin. Nous avons
bien rigolé. Mais pour ce qui est du bonheur avec un grand B ! Nous ne
sommes même pas fichus de nous inscrire en ligne au Club Positif, qui
compte pourtant... 347 000 membres (www.club-positif.com). Problèmes
d'informatique. Signe des temps : le site du bonheur est bogué...
A défaut, son fondateur, Christian Gode- froy, bonne âme, accepte de nous expliquer la «dynamique mentale» : «Une méthode d'entraînement basée sur une autohypnose très
simple qui aide à mieux se sentir dans la peau.» L'hypnose ! Bon Dieu, mais c'est bien sûr ! Depuis l'excellent docteur Coué, précurseur de la «positive attitude»
si chère à Jean-Pierre Raffarin, c'est un truc éprouvé. Sur YouTube,
nous dénichons la vidéo d'autohypnose en vogue. Facile : vous vous
mettez devant votre ordinateur et vous regardez attentivement le petit
film - une spirale en noir et blanc - qui défile sur l'écran, tandis
qu'une voix off à l'accent marseillais annone : «Détendez-vous, détendez-vous, fixez un point, cherchez le
bonheur qui est en vous.» On cherche, on fixe. Rien. Pas facile de s'autohypnotiser dans un bureau en open space.
Les collègues passent et ricanent. Yeux clos, affalés sur nos
fauteuils, nous attendons la sérénité parfaite. Nous attendons toujours.
Le bonheur, c'est simple comme...
Un
film
«La vie est belle»
de Frank Capra, l'incontournable des fêtes de Noël. Un chef-d'oeuvre !
La grande dépression, James Stewart ruiné et suicidaire... Plus que
jamais, cette année, avec le réveillon sous le signe de la récession,
le film de Capra est à voir ou à revoir. Ne reste plus, à l'instar de
James Stewart, qu à trouver l'ange qui va nous dissuader de nous jeter
à l'eau. Ségolène Royal, Christine Lagarde, Paris Hilton ?
«Happiness»,
de Todd Solondz. Ne pas se laisser duper par le titre. Au début, telle
Nicole dans «Message à caractère informatif», vous vous dites : «Viens
la fête, viens !» Raté. Dans «Happiness», personne n'est happy, même
pas les figurants. Un psychiatre pédophile, une instit frustrée, un
informaticien onaniste... L'avantage, c'est qu'après ce plongeon dans
les abysses de la misère humaine vous trouverez votre vie formidable,
vos voisins supers et vos collègues de bureau des héros !
Un
objet
Le numéro double sur le bonheur
du «Nouvel Obs», bien sûr, et son DVD «la Mélodie du bonheur», où des
gens hilares chantent tout le temps en courant dans les champs. Tant de
bonheur pour un prix si modique, ça ne se refuse pas.
Les objets bonheur,
en vente partout. Hélas. Dans le genre fausses bonnes surprises sous le
sapin, vous avez au choix entre le paillasson «la Maison du bonheur»,
la lampe «l'Ange du bon heur», le désodorisant d'intérieur «Parfum de
bonheur, ambiance romantique», le tableau sérénité et prospérité acheté
dans un bazar chinois avec sa fausse cascade, sa truite qui chante et
ses oiseaux fluo. A revendre direct sur PriceMinister ou eBay.
Une chanson
«Don't worry, be happy.»
Avec sa voix euphorisante et son petit riff siffloté, Bobby McFerrin
nous donne la pêche illico. L'homme-orchestre, qui est le précurseur
des beat-box affectionnés par les rappeurs, sait tout faire : une ligne
de basse, une caisse claire de batterie... Cela donne envie de faire
plein de «pom pom tchak
boum» au bureau. Ambiance assurée.
«C'est quand le bonheur ?»
de Cali. Avec sa voix geignarde et son riff de guitare lancinant, Cali
nous donne des envies de suicide (ou de meurtre). Sa chanson, est
passée en boucle dans toutes les radios. Massacrée par tous les Star
académiciens et chanteurs amateurs de YouTube, on en a pris plein la
tête. C'est quand le bonheur ? Quand ça s'arrête.
Un site
100/100
: c'est le score que nous avons obtenu en calculant notre IRB : indice
relatif de bonheur. Pour faire le test vous aussi, rendez-vous sur
wwwin- dicedebonheur.com. Il vous dira si vous êtes heu-reux ! Notre
rapport IRB vante ainsi notre «parfaite reconnaissance au travail»,
notre équilibre familial et sentimental harmonieux, notre sens de
l'équité. Le secret ? Nous avons grugé.
12 : c'est le nombre
de «points cool» qu'on a péniblement accumulés sur Facebook (le top 100
est à plus de 60 000 points !). Le principe ? Vos amis et relations
doivent vous envoyer des points pour faire grimper votre
cyberpopularité. Mais il vous faut aller les mendier, comme jadis quand
vous erriez dans la cour de récré avec vos albums Panini pour quémander
les précieuses vignettes. Si vous venez juste de vous mettre à
Facebook, vous êtes mal barré.
Source:
Doan Bui, Stéphane Arteta, Le Nouvel Observateur
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